Ambivalente

C’est étrange, parfois, comme certains évènements  de la vie nous rendent profondément ambivalents. Avant tous ces longs mois, avant toutes ces souffrances; une annonce de grossesse avait le don de me mettre en joie et de me faire planer plusieurs jours tant j’étais heureuse pour les autres. Et je l’étais sincèrement.

J’ai longtemps hésité à écrire cet article… Il lève le voile sur des sentiments dont je ne suis pas très fière. Des émotions que je ne maitrise pas mais qui me font peur. Je sais que je pourrais en heurter certain(e)s… Je sais aussi que ce sont des émotions assez naturelles, ressenties par beaucoup de personnes dans ma situation. Je sais également que les émotions ne se maitrisent pas et qu’il vaut parfois mieux les accepter que de les nier. C’est en tout cas ce que j’essaie d’enseigner chaque jour à ma Poupette. Alors il est peut-être temps pour moi de mettre des mots sur ma terrible ambivalence…

Aujourd’hui, quand on m’annonce une grossesse, je ressens ce double sentiment : joie et tristesse intense. C’est vraiment violent, de ressentir deux sentiments si opposés en même temps et pour la même raison. C’est tellement violent que, parfois, la seule manière qui me permet de réconcilier ces deux sentiments antagoniste est la colère.

Je suis vraiment et très sincèrement heureuse pour toutes ces belles nouvelles. Que ce soit nos meilleurs amis, des collègues, des connaissances et même des personnes dont je suis les blogs. Mais en même temps, à chaque fois, il y a cette petite voix qui fait mal et qui résonne en moi : Pourquoi eux, et pas nous? N’ai-je pas assez attendu? N’ai-je pas assez payé? Pourquoi je n’arrive plus à faire la chose la plus bête du monde : porter un enfant? Cette petite voix qui brise beaucoup de choses en moi. Cette petite voix, c’est la même qui peut devenir angoissante et me murmurer : « Et si tu n’y arrivais plus jamais? ». Cette petite voix, elle me ronge le coeur et me fait me sentir immensément triste.

Alors, parfois, quand les sentiments sont trop ambivalents et trop violents, lorsque ce sont des personnes très proches ou que l’annonce a lieu juste après une fausse-couche, je ne trouve d’autre solution que de les transformer en colère. Je me fâche contre la vie, contre la nature, contre mon corps, contre mes larmes, contre les autres, contre ces autres qui ont ce que je redoute parfois ne plus jamais avoir. Parfois je crie ma colère. Je vais courir dans les champs autour de chez moi et quand je suis loin, je laisse toute cette rage sortir. Je frappe sur des oreillers, je dessine hargneusement sur une feuille de papier ou je vais dans mon jardin creuser un parterre (depuis quelques mois, je mets des fleurs partout dans mon jardin… et ce n’est donc pas un signe que « je vais bien » ;-). Par contre je suis très efficace, donc je pense à me reconvertir :-)). C’est difficile pour moi de vivre avec cette colère car c’est une émotion que je ne connaissais pas. Ou en tout cas pas avec une telle intensité. Je ne me reconnais pas, parfois. C’est difficile de ne pas se reconnaitre. Je pense être plutôt une personne douce et posée.

Et puis…La colère retombe et laisse place à des sentiments plus apaisés. Une joie sereine pour ceux qui vivent des choses tellement positives. Et un peu de tristesse, encore, mais aussi beaucoup d’espoir.

Je n’en suis pas fière. Ce ne sont pas des émotions très jolies. Je les refoule, souvent. Et pourtant, elles sont là. Quand j’ai pu mettre des mots sur ces émotions, les accepter et les vivre sans me sentir pour autant une mauvaise personne, cela m’a tellement soulagé. On peut tout se dire, non?

Je suis ambivalente. Et c’est remplie de cette ambivalence que je fais face à la vie.

Et vous, avez-vous déjà ressenti des sentiments si opposés? De la colère, de la joie, de la tristesse si intenses? Dites-moi tout.

Je vous embrasse,
Charlotte

 

 

11 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Picou dit :

    Je crois que ce sont juste des émotions tout a fait naturelles, on voit forcément la vie au travers d’un filtre très subjectif, et encore heureux c’est le signe qu’on est humains! Ta réaction aux annonces de grossesse (dont la mienne, j’en ai bien conscience…) est juste normale et parfaitement compréhensible…

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  2. Je trouve cette réaction tout à fait normale. Comment pourrais-tu ressentir autre chose que de la tristesse et de la colère ? Même si tu aimes sincèrement les personnes et que tu te réjouis pour elles, l’écho en toi est si douloureux. ❤️

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  3. Flora dit :

    J’ai toujours pensé que le meilleur moyen de se débarrasser des émotions les plus violents était justement de les laisser sortir. Sinon ça ne peut que faire « cocotte minute ».
    Je trouve ça poétique de prendre toute cette frustration et d’en faire quelque chose aussi magnifique qu’une fleur 😍🌸

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  4. Claire dit :

    Tu ne peux pas contrôler tes émotions. Elles sont là et c’est comme ça. C’est aussi très sain d’exprimer et faire sortir cette colère. Je pense fort à toi et je te souhaite de tout mon coeur que ton ventre s’arrondisse 😙

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  5. Tu n’as pas à avoir honte de ces sentiments, on les ressent tous un jour ou l’autre. Le sentiment d’injustice nous atteint et nous ébranle. Je trouve très courageux de ta part d’en parler, peu en seraient capables. Je t’envoie mes plus douces pensées.

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  6. Madame Bobette dit :

    Comme je te comprends… Comme je ressens aussi régulièrement ces sentiments depuis quelques semaines… Jusque là, j’arrivais vraiment à passer outre mais je dois dire qu’au bout de 21 mois d’attente, les émotions commencent à sortir un peu plus vivement…
    On en parle de ma chef qui m’a retrouvé en pleurs dans mon bureau???
    En ce moment, ce qui me fait le plus mal, c’est le premier anniversaire des enfants nés alors que j’attendais déjà depuis quelques temps… Le temps passe et le ventre est toujours vide sans savoir la date de fin ou même s’il y en aura une…
    Je pense bien à toi ma Charlotte. Je pense que ces émotions sont tout à fait normales et je trouve que tu as une très bonne manière de les gérer même si c’est parfois difficile… Plein de courage et de câlins 🙂

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  7. madamelavande dit :

    Laisser sortir ses émotions est une excellente façon de les gérer je trouve. Je crois que quand on a un désir d’enfant inassouvi et qu’on le voit se réaliser chez les autres c’est dur, même avec la meilleure volonté du monde, de ne pas ressentir de tristesse, colère ou jalousie… Pour ma part, et je n’en suis pas fière, c’est surtout ce dernier sentiment qui a dominé après mes fausses couches. Et même encore aujourd’hui quand autour de moi j’entends des mamans ou futures mamans me dire que ça a marché du 1er coup, de voir leur insouciance pendant la grossesse j’ai toujours un pincement au coeur en me disant que cette insouciance, ce bonheur sans ombre, je le connaitrais jamais.
    Alors laisse ta peine et ta colère s’exprimer sans complexes ! Je te souhaite du fond du coeur de voir enfin tes projets se concrétiser, je t’envoies toutes mes pensées (et je suis très heureuse que tu aies retrouvé l’envie de nous écrire sur ton blog !) ❤ ❤ ❤

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  8. Allychachoo dit :

    Je suis très émue par ton article… Je ne vis pas ce que tu vis, mais l’annonce de chaque grossesse autour de moi reste un moment douloureux. J’en avais parlé sur mon blog aussi, l’article s’appelle « Le bonheur des autres ». Suite à sa parution, l’une des amies m’avait écrit un très long mail pour m’expliquer ce qu’elle avait ressenti, comme toi, quand l’arrivée d’un bébé tardait dans sa vie. Je retrouve son ton dans tes mots, la colère, la tristesse et l’espoir. Je me suis rendue que même si je connaissais à l’époque ses difficultés à être enceinte, je comprenais sans comprendre. Certains ressentis sont si compliqués, tu l’expliques parfaitement ❤

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  9. ColombesMum dit :

    Oh que je comprends…et tu décris si bien ces sentiments. J’aime aussi beaucoup ce que tu parviens à en faire (des massifs de fleurs). C’est tellement dur d’être impuissant face à la vie, face à soi, face au bonheur des autres..le lâcher prise c’est facile que dans les livres, pour nous on a les émotions contradictoires et sournoises! Courage à toi dans cette tempête. La tempête ne dure jamais!

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  10. Hello Charlotte j’ai adoré te lire ……….

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  11. 3kleinegrenouilles dit :

    Je n’ai pas vécu ce que tu vis mais je connais aussi cette colère, cette souffrance et en même temps cette joie pour les autres. Ma plus jeune fille a une maladie orpheline et, parfois ou souvent, quand je vois les enfants bien portants de nos proches, je suis en colère que ma fille n’ait pas cette chance et en même temps, je suis vraiment heureuse pour nos proches qu’ils ne connaissent pas cette douleur. C’est difficile, j’en ai parfois honte mais c’est simplement humain.

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