Imparfaite

Je t’écris, ce soir, après plusieurs heures de culpabilité…

Je me suis cherchée des excuses : la canicule qui me rend nerveuse, la même canicule qui te rend impatiente, la fatigue, le mal de tête qui me poursuit depuis ce matin,… Mais je pense qu’il n’y a pas vraiment d’excuses.

Il y a juste une maman et sa fille de presque 18 mois qui expérimentent leur relation. Il n’y a rien eu de grave : des cris, une maman qui se fâche, des mots trop durs dits trop forts, des larmes et un peu de brusquerie pour te retirer de ta chaise haute (entendez par là, que je l’ai vite sortie; plus vite que d’habitude. Elle n’a pas eu mal, ni été blessée. Simplement, les gestes étaient plus fermes qu’en temps normal).

Tout démarre stupidement, tu faisais la sotte dans la piscine de Mamy et Papy. Tu es tombée dedans, j’ai eu peur, tu as bu la tasse et tu refusais de rester calme. On est sorties, rentrées chez nous ; j’étais déjà fâchée et pas franchement patiente.

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Je t’ai donné tes pâtes et toi qui mange si bien seule depuis quelques semaines, tu as tout jeté par terre. TOUT : la petite assiette remplie. Ici, quand on fait une « bêtise », on répare. Quand tu mets un peu de yahourt par terre, je te donne la lavette et tu nettoies. Tu adores ça, je te soupçonne d’ailleurs d’aimer en mettre un peu par terre pour pouvoir nettoyer après.

Bref, pour le coup, il y en avait partout. Donc j’ai tout ramassé moi-même en criant sur toi. C’est absurde, tu as raison. Et puis, je t’ai donné ta tasse à bec et là, le coup de grâce, tu me l’as jetée dessus. Je t’ai reprise de ta chaise haute, en hurlant : que c’était pas bien, que j’en avais marre, que je voulais juste m’allonger après cette journée de chaleur et pas m’occuper d’un bébé hurleur et désobéissant, que franchement, parfois, je rêvais de te renvoyer d’où tu venais. Quelle violence dans ces mots, ma chérie. Et toi, toi qui me regardait en pleurant et en t’énervant.

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Et puis, j’ai pris la mesure de ce que je t’avais dit. Et j’ai fondu en larmes. Je t’ai prise dans mes bras, mais tu étais très fâchée sur moi. Tu refusais un câlin et tu n’as retrouvé ton calme que quand tu as pris ton doudou et ta tétine.

Nous nous sommes calmées, toutes les deux. Papa est revenu et ça nous a fait un bien fou de ne plus être seules avec notre grosse dispute. J’en ai parlé avec lui après. Je lui ai expliqué que j’avais crié trop fort, que j’avais dit que je voulais te renvoyer d’où tu venais, que j’étais sûre que tu allais en souffrir toute ta vie de ces mots dits trop hauts et trop forts. Il m’a dit de ne pas me tracasser, que tu étais plus forte que je ne le pensais et que tu ne terminerais pas junkie parce que ta mère, à 18 mois, t’avait dit qu’elle voulait te renvoyer d’où tu venais et, aussi, qu’une maman qui crie, ça arrive et c’est normal.

Ma chérie, aujourd’hui, tu t’es heurtée à mon imperfection la plus complète. Je n’ai pas vu que tu étais aussi épuisée que moi par la chaleur, que tu avais besoin de te défouler chez Papy et Mamy, que tu étais sans doute aussi nerveuse que moi mais que tu ne sais pas le dire autrement qu’en pleurant ou jetant des choses partout. Je suis parfaitement imparfaite. Comme tout le monde. Je suis désolée d’avoir crié et perdu mon calme. Du fond de mon cœur, je suis profondément désolée. Mais d’un côté, je suis contente que tu te heurtes à l’imperfection, car elle fait partie de l’homme et que je n’échappe pas à la règle. Je suis une Maman débutante, j’apprends tout avec toi : l’amour, la peur, la colère, la joie d’un parent pour son enfant. Et si la majorité du temps c’est pour le meilleur, j’apprends aussi mes limites.

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Alors ce soir, je suis un peu triste de ce qui s’est passé aujourd’hui. Mais je suis aussi heureuse, car je me connais mieux qu’il y a quelques heures. Et je te connais mieux, toi aussi.

Je te demande pardon, ma petite E., pour ces cris et ces fracas ; pour la colère qui m’a rendue toute rouge ; pour les larmes de rage ensuite. Mais surtout, je me pardonne, d’être imparfaite, d’être débutante, … d’être moi. Car la paix vient avec le pardon.

Je t’aime, à chaque instant. Quand tu es fâchée ET quand tu es contente. Quand tu fais ce que je te dis ET quand tu fais tout le contraire.

« Je t’aime car tu es mon enfant, mais que tu ne seras jamais à moi » (Extrait du livre Mon amour, d’A. Desbordes)

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Crédit photo : Julie fée des bulles, dernière page du livre de A. Desbordes et P. Martin, Mon amour, ed. Albin Michel, 2015.

Je t’embrasse, sur tes deux joues, tes deux mains, sur ton petit nez et je mets le mien dans tes petits cheveux pour sentir la meilleure odeur du monde…

Ta maman, totalement imparfaite

17 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Coucou ma belle… ça a du être bouleversant ! Léonie étant plus petite je n’ai pas encore été confrontée à ces moments de tests et de colères, mais j’ai déjà crié une fois et m’en suis beaucoup voulu… Donc je comprends cette culpabilité ! Néanmoins je crois qu’il ne faut pas le ruminer et chercher à tout prix comment ne plus jamais reproduire cette situation. Au contraire, accepter ces petits moments de faiblesse, qui, plus qu’une imperfection, sont des signes qui nous montrent qu’on ne peut pas toujours tout contrôler. Je me doute que tu as déjà eu cette réflexion, ça se voit dans ton texte. Bravo d’en être arrivée si vite à cette conclusion bienveillante envers toi ! Et bravo à ton mari qui a eu une belle réaction… le mien n’était vraiment pas content quand j’ai crié sur notre fille !

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    1. Merci pour ton gentil mot ma jolie Marie! J’ai mis du temps à oser lire les commentaires (la sacrosainte culpabilité, j’avais peur d’y lire que j’étais une mauvaise maman ;-)).
      Je crois qu’on a tous des moments de faiblesse, où on lâche prise.
      Mon mari est assez calme, il s’énerve rarement et dédramatise souvent. Par contre, quand il perd les pédales c’est plus long et plus fort que quand moi je les perds. Chacun ses forces ;-).
      J’espère que tu vas bien.
      je t’embrasse ❤

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  2. ColombesMum dit :

    Quel beau texte et quel beau cheminement. Nous sommes toutes des mamans imparfaites. Quelle apothéose de finir par le « mon amour ». Tellement vrai. Merci pour ce joli enseignement. Pas toujours facile au quotidien de garder le cap et ne pas ceder à la fatigue (nous non plus).

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    1. Merci pour ton gentil mot. J’ai mis du temps à oser lire les commentaires (la sacrosainte culpabilité, j’avais peur d’y lire que j’étais une mauvaise maman ;-)).
      Quelle bienveillance. ❤
      Mon amour est un livre merveilleux, je pleure toujours en lisant cette dernière page.
      Je t'embrasse et merci encore

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  3. Découverte de votre blog, et cet article poignant ! Imparfaites aussi mais c’est ce qui aide à avancer ! Joliment écrit !

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    1. Merci pour ton gentil mot. J’ai mis du temps à oser lire les commentaires (la sacrosainte culpabilité, j’avais peur d’y lire que j’étais une mauvaise maman ;-)).
      Merci mille fois aussi de passer par ici, de me lire et de prendre le temps de me laisser un petit mot.
      Quel bonheur et quelle chance : autant de bienveillance me fait tant plaisir.
      Au plaisir de se recroiser sur nos blogs, ton histoire est particulièrement poignante et touchante.

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  4. Claire dit :

    Ton texte est vraiment très beau.
    On ne peut pas toujours être comme on voudrais et je pense que c’est tant mieux. Je ne pense pas non plus que ta fille sera traumatisée. Pour moi, l’essentiel est de pouvoir expliquer ce qui s’est passé dans un second temps et s’excuser de ce qui est arrivé.
    Et sinon, au passage, je soupçonne également ma fille de parfois faire des « saletés » juste pour nettoyer 😉

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    1. Merci pour ton gentil mot. J’ai mis du temps à oser lire les commentaires (la sacrosainte culpabilité, j’avais peur d’y lire que j’étais une mauvaise maman ;-)).
      Mais quelle erreur, et quelle bienveillance je trouve ici. 🙂
      Merci.
      Hihi, team enfants nettoyeurs!

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  5. Camomille dit :

    J’aime beaucoup ton texte, très juste et très beau

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    1. Merci, de tout coeur! 🙂
      Je t’embrasse.

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  6. mamansurlefil dit :

    Très beau texte ! Très touchant ! Oui, on passe toutes et tous par ces phases et oui, en général, on culpabilise. Mais, comme tu le dis si bien, cela leur fait du bien d’être confronté l’imperfection… Pas besoin d’être irréprochable, tout le monde, y compris ses parents, a le droit à l’erreur, donc eux aussi !

    Bonne journée

    Virginie

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    1. Merci pour ton gentil mot. J’ai mis du temps à oser lire les commentaires (la sacrosainte culpabilité, j’avais peur d’y lire que j’étais une mauvaise maman ;-)). Mais que c’est gai de vous lire, et de lire ce que tu m’écris.
      Le droit à l’erreur… On cherche à l’inculquer à nos enfants et on ne se le donne même pas à soi-même… C’est fou. 🙂
      Belle soirée ❤

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  7. lelacherprise dit :

    Beau texte qui a dû être libérateur pour toi et tant mieux. Nous passons toutes pas ces moments difficiles ( j’ai des jumeaux de 15 ans), je te rassure ta fille ne se souviendra de rien. Ayant moi même haussée le ton un peu trop à mon goût à quelques occasions, je me suis auto- flagellée suffisamment à m’en rendre malheureuse, ne va pas dans sa direction.
    L’idéal est de reconnaître que nous avons eu tort, s’excuser auprès de ta fille ( même tout petit) afin de lui faire comprendre qu’en effet personne n’est parfait car la perfection n’existe pas.

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    1. Coucou,
      avant toute chose, désolée de ne voir ton message que maintenant et merci pour ce mot tellement déculpabilisant. On apprend toute la vie à devenir maman et les erreurs que l’on commet ne sont que de nouveaux repères.
      15 ans, ce doit être d’autres challenges avec eux. Ce sont une fille et un garçon? Ou des garçons?
      Belle journée.

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      1. lelacherprise dit :

        Pas de problème pour ne pas avoir répondu plus vite. J’ai 2 garçons, c’est un challenge mais je dois reconnaître qu’ils ne sont pas trop tannants. C’est sur que plus les enfants grandissent plus les soucis sont différents, mais chaque chose en son temps. Bonne journée à toi aussi

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  8. Nanou dit :

    Ne sommes nous pas toutes imparfaites et susceptibles de sortir de nos gonds comme cela ? Je crois/crains que si. Ce qui est rassurant c’est qu’on en souffre et qu’on se trouve imparfaite. Cela ne doit jamais devenir « normal ». Mais pour le reste, nous sommes toutes imparfaites et on craque toutes…

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    1. Tu as parfaitement raison.
      Ceci dit, je n’ai qu’une petite à gérer. Toi tu en as 2 ;-).
      Merci pour ton commentaire! 🙂

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